Cosmologies du Sensible

Un espace de recherche à l’intersection de l’art, la science et la conscience
Initié par Daniela Zúñiga, en dialogue avec artistes, scientifiques et théoriciens.


Présentation générale


Cosmologies du Sensible part d’une conviction épistémologique autant qu’existentielle : nous ne sommes pas des êtres rationnels qui ressentent, nous sommes des êtres sensibles qui rationalisent. C’est depuis cette position que le projet interroge comment différents systèmes de connaissance produisent une lecture du réel, depuis quelle position ils observent, et ce quise transforme dans l’acte même d’observer.
Le groupe réunit des artistes, théoriciens et scientifiques dont les pratiques sont traverséespar les relations entre science, conscience et expérience sensible. Non pour représenter la science à travers l’art, ni pour illustrer l’une par l’autre, mais pour créer un espace où ces régimes de vérité se rencontrent sans se réduire l’un à l’autre. Deux systèmes irréductibles qui, ensemble, produisent une connaissance plus entière : c’est en ce sens que Bohr entendait la complémentarité, et c’est en ce sens que CdS conçoit le dialogue entre art et science.
Ce qui nous intéresse, ce sont les zones où la mesure scientifique touche ses propres limites, là où le geste, le rituel et l’expérience sensible opèrent comme des formes de pensée incarnée. Ces zones ne sont pas des lacunes de la science : elles en sont les bords vifs, les endroits où la connaissance se renouvelle.

Axes conceptuels


Science & Conscience — À mesure que la science progresse dans la compréhension du vivant et du cosmos, elle renouvelle nos questions métaphysiques plutôt qu’elle ne les dissout. En explorant les langages autoréférencés de l’art, CdS cherche à questionner la structure même des systèmes de connaissance et ceux qui les incarnent. C’est un questionnement épistémologique : par complémentarité, des modes d’observation et de représentation du monde où l’observateur s’intègre naturellement au phénomène deviennent, par leur exercice même, un questionnement en soi.


Cosmotechniques & Épistémologies situées — Toute cosmologie est une technologie : un dispositif qui organise l’information, structure l’observation et produit une lecture du réel.
Mais il n’existe pas une seule technique, il existe des cosmotechniques plurielles, chaque culture développant ses propres dispositifs de mise en relation entre l’humain, la technique et le cosmos. CdS s’appuie sur cette pensée, développée par le philosophe Yuk Hui, pour refuser la hiérarchie entre systèmes de connaissance : l’astrophysique et les savoirs ancestraux ne s’opposent pas, ils se complètent, deux régimes de vérité irréductibles l’un à l’autre, qui ensemble produisent une connaissance plus entière.


Perception & Expérience — L’expérience sensible est le point de départ de toute observation, non comme condition absolue, mais comme premier système de lecture disponible. Le corps est le premier espace à la fois cosmologique et technologique, celui où la recherche de structures organisatrices commence. CdS conçoit ses dispositifs comme des matrices ouvertes où différents régimes de lecture, scientifique, sensoriel, symbolique, coexistent sans hiérarchie.


Écologie & Localité — Le projet s’inscrit dans une pensée relationnelle qui dépasse les séparations héritées du dualisme occidental : nature/culture, raison/intuition, humain/machine. Cette pensée écologique ne s’entend pas seulement comme attention à l’environnement : elle désigne une manière d’être au monde où l’interdépendance, la localité et le soin sont des catégories épistémiques à part entière. Chaque territoire porte une cosmologie singulière, encastrée dans sa géographie, ses pratiques, son rapport aux non-humains, et c’est précisément ce que la mondialisation technologique tend à effacer.
CdS cherche à maintenir ouvert cet espace de localité, sans l’essentialiser.

Une recherche ouverte, articulée par les pratiques artistiques


Cosmologies du Sensible se conçoit comme une plateforme de recherche en évolution, articulée à travers des dynamiques collectives, transdisciplinaires et situées. Les pratiques artistiques n’y illustrent pas la recherche, elles en sont le moteur et le point de départ. Ce sont les oeuvres, les gestes, les intuitions sensibles qui ouvrent les questions à partir desquelles les échanges entre disciplines peuvent s’articuler.
La plateforme se déploie à travers des formats variés, résidences, expositions-processus, conférences, publications, ateliers, conçus comme des espaces de recherche partagée plutôt que de diffusion unilatérale. CdS souhaite expérimenter les formes mêmes de cette diffusion: comment partager un processus en cours ? Comment faire de la restitution elle-même un espace de pensée ? Ce qui circule entre ces formats, c’est une question qui traverse l’ensemble du projet : comment différents systèmes de connaissance transforment-ils l’acte d’observer, et comment cet acte transforme-t-il à son tour celui qui observe ?
Cette recherche ne cherche pas la synthèse entre art et science, elle cherche à maintenir ouvert l’espace entre eux, consciente que c’est précisément dans cet espace que la connaissance se renouvelle.


Formes d’action


La méthodologie de CdS privilégie le travail en contexte, résidences, travail de terrain, rencontres avec territoires et communautés, comme condition d’une recherche éthique, incarnée et relationnelle. Les restitutions prennent des formes multiples : expositions et installations, performances et actions situées, publications et archives, conférences et tables rondes, ateliers et médiations. Chaque format est conçu comme un espace d’expérimentation où les concepts deviennent sensibles, et où le sensible devient pensée.


Un horizon dynamique


La Résidence Atacama-ALMA 2026 est le premier projet concret de la plateforme, celui qui en a permis la naissance et continue d’en nourrir la réflexion. Dans le désert d’Atacama, où les cosmologies andines millénaires et les infrastructures scientifiques les plus avancées de la planète coexistent dans un même territoire, CdS a trouvé son premier cas situé : un espace où la question de ce que signifie observer le cosmos, depuis quel dispositif, depuis quelle position, avec quelle mémoire, se pose avec une acuité particulière.
Ce premier projet inaugure une trajectoire ouverte. CdS n’est pas défini par ce territoire ni par cet observatoire, il les traverse comme il traversera d’autres lieux, d’autres disciplines, d’autres rencontres. Ce qui reste constant, c’est la question : comment différents systèmes de connaissance se complètent-ils sans se réduire l’un à l’autre, et que produit cet espace de résonance pour ceux qui l’habitent ?